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26/05/2010 - Faire du business en Chine… avec des caractéristiques chinoises -
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Faire du business en Chine… avec des caractéristiques chinoises

Un des mes professeurs de l’université Tsinghua à Pékin discute avec la classe de la fameuse expression de Deng Xiaoping lors du tournant des réformes dans les années qui suivirent sa prise de pouvoir en 1979 : le « socialisme aux caractéristiques chinoises ». Qu’est-ce que cela peut bien être ? A l’époque, l’expression avait été forgée pour se démarquer du marxisme pur et dur des « amis » soviétiques ; elle est ensuite devenue synonyme des réformes économiques qui propulsèrent la Chine où elle est aujourd’hui à coup de croissance « à deux chiffres » comme disent les journaux du soir. Mais en creusant un peu, on se rend compte que l’exhortation de Deng au peuple chinois « enrichissez-vous » sous-tend des manières de faire du business en Chine qui lui sont propres. C’est là toute la difficulté des sociétés occidentales, petites startups ou grandes multinationales, qui essaient de s’approprier une part du gigantesque gâteau chinois.

Caractéristique n°1 : le pragmatisme est roi… tant que vous ne mettez pas en danger la stabilité politique du pays. Le troisième slogan préféré de Deng « peu importe si un chat est noir ou blanc du moment qu’il attrape des souris » est mis en pratique du moment que vous ne défiez pas le parti. Organe aux soixante millions de membres, le Parti imposera un secrétaire au sein de votre entreprise pour vérifier que vos activités ne font pas de vagues. Dans un pays si peuplé et si vaste, la chose que craignent le plus les gouvernements de tout poil depuis des siècles est l’instabilité sociale.

Caractéristique n°2 : tout est interdit sauf si une loi l’autorise explicitement. Vous avez besoin d’une franchise du gouvernement (local, provincial ou central) pour tout. « Le chef de famille peut tout contrôler » et le gouvernement est le chef de famille de la nation. Mais comme il n’a pas le temps ni les moyens de s’occuper de tout, il choisit les enfreintes à la loi qu’il juge nécessaire d’appréhender. C’est ainsi que des dirigeants australien et chinois de Rio Tinto se retrouvent derrière les barreaux pour tentative de corruption ; c’est ainsi que les personnalités et hommes d’affaires chinois cités par le magazine Forbes comme les plus riches de Chine se retrouvent également poursuivis. Etre riche est officiellement interdit par la loi : on peut s’enrichir mais il faut savoir rester discret. Hu Jintao lui-même ne gagne que deux mille euros par mois ; comme tous les fonctionnaires de haut rang, il est rémunéré à l’aide d’avantages en nature. Parmi les soixante-dix millions de fonctionnaires que compte le pays (pas forcément les mêmes que les membres du parti), le prof se focalise sur les photographes officiels : pour être bien placés aux manifestations officielles, ils doivent monter dans la hiérarchie eux aussi. Sur une photo, on rigole en découvrant que les photographes du premier rang ont le grade de général de brigade, reléguant les colonels à l’arrière-plan !

D’autres caractéristiques chinoises sont difficiles à comprendre et à appliquer pour les entreprises occidentales : le régionalisme, le pouvoir des gouvernements provinciaux est souvent négligé ; les disparités économiques entre les riches provinces de la côte et l’intérieur pauvre et sous-développé sont souvent mal intégrées. Ayant l’échelle d’un continent, le pays « Chine » doit se comprendre comme une fédération de provinces relativement indépendantes économiquement, avec leurs concurrents locaux connaissant bien les clients et fournisseurs du cru et une logistique encore balbutiante qui relie les provinces entre elles. Transportez des canettes de bière de votre centre de production vers une autre province : vous devrez changer de transporteur, donc de camion, à chaque frontière provinciale et la moitié de vos canettes en verre n’aura pas survécu aux cahots des routes locales.

Ce qui est une fois de plus fascinant est que ce grand professeur reconnu se permet (comme l’économiste dont j'ai parlé en janvier voir ici ) de conclure en égratignant les pratiques de son pays devant ce parterre d’étudiants chinois et occidentaux. Il fait la liste des risques de faire du business dans une Chine aux caractéristiques… chinoises : l’absence de cohérence dans l’application des lois, le népotisme, le peu de confiance dans les institutions, la corruption et le coût de la corruption. Et il en revient toujours au pouvoir du gouvernement : « une fois que c’est interdit, il n’y a plus de recours ».

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12/01/2010 - Le destin ordinaire d’un éminent économiste chinois -
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Le destin ordinaire d’un éminent économiste chinois

 

La Chine se construit sous nos yeux : elle se développe, se renforce, s’affirme sur la scène internationale. Pas besoin d’une thèse en économie pour s’en rendre compte au quotidien, qu’on vive ici ou ailleurs : le G2 sino-américain, on ne parle plus que de ça.

 

J’ai la chance incroyable de suivre des cours d’Executive MBA depuis six mois avec la plus internationale des écoles de management européennes, l’INSEAD, et avec la plus reconnue des universités chinoises, Tsinghua. Au-delà de la valeur professionnelle et personnelle de ces cours, le profil et le talent pédagogique des profs force souvent l’admiration. Chez les profs chinois de Tsinghua, c’est également leur trajectoire, leur entregent, leur connaissance de la grande mécanique chinoise qui impressionne. C’est en ce sens que l’histoire de David D. Li mérite qu’on s’y attarde, qu’on adhère ou pas à ses théories économiques.

 

Il en parle longuement sur premier transparent de son cours, sobrement intitulé « who is David D. Li ». C’est la première ligne qui retient mon attention : « Né à Pékin, fils de diplomates en disgrâce politique ; éduqué par des paysans durant la Révolution Culturelle ». Ca pose tout de suite le sujet. Au passage, ça dénote une sacrée ouverture d’esprit de l’administration que de laisser un des fers de lance de son économie s’exprimer ainsi devant des étudiants pour la plupart étrangers.

Il nous explique que Zhou Enlai était Ministre des Affaires Etrangères (et premier ministre) quand Mao lance la révolution culturelle ; après une brève résistance, Zhou Enlai tourne casaque et le 4 novembre 1969 (mon prof doit avoir moins de dix ans à l’époque d’après nos calculs), il somme deux mille officiels de son ministère de quitter Pékin et d’aller se faire rééduquer à la campagne. La famille Li a une semaine pour emporter quelques effets ; durant les années qui suivent, ses parents, sa sœur et lui vivent dans trois province différentes, toutes situées loin des grandes villes de la côte Est, dans cette « deuxième Chine » qui aujourd’hui encore est tellement sous-développée en regard des provinces maritimes. Le professeur conclut joliment que cette expérience lui a permis d’appréhender le quotidien des paysans des provinces reculées et que cela lui sert dans son travail d’aujourd’hui. Cela résonne en moi car une de mes amies Chinoises qui est dans la classe avec moi, a vécu une expérience similaire avec ses parents, même si elle est beaucoup plus jeune.

 

La deuxième phrase de son premier transparent indique qu’il a ensuite été « éduqué par Tsinghua durant l’ère des réformes ». On note sa fierté dans l’université et dans la nouvelle ère qui tous deux ont fait de lui ce qu’il est aujourd’hui. L’université concurrente, la Peking University sise à quelques centaines de mètres de Tsinghua, enseignait encore les théories marxistes à l’époque des réformes de Deng Xiaoping. Et David Li de conclure : aujourd’hui, ses amis de Peking U sont obligés de faire venir leurs profs de l’extérieur, ceux qui ont été éduqués dans cette université sont des ‘has been’ économiquement parlant. Sa voix vibre en citant l’examen national qui lui a permis d’accéder au graal de Tsinghua : une journée dans toute la Chine où seulement le meilleur de chaque lycée sera admis ici, cet examen qu’il décrit comme étant sans doute la seule chose non corrompue en Chine (!)… avant d’ajouter « mais les professeurs arrondissent leurs fins de mois en faisant bachoter les lycéens en vue de l’exam».

 

On passe sur la suite de sa bio : doctorat à Harvard avec plusieurs profs Prix Nobel, de retour en Chine en 2004, rendant à la Chine ce qu’elle lui a donné : la possibilité d’éduquer des millions de jeunes ingénieurs ou économistes (la bagatelle de 6 millions de nouveaux ingénieurs sont formés en Chine tous les ans !).

S’ensuit un cours magistral de deux jours sur « les échanges économiques internationaux », au cours duquel on mentionnera en passant une fois ou deux l’union européenne ou l’Allemagne, mais qui en fait souligne le combat de titans désormais engagé entre la Chine et les Etats-Unis. J’y reviendrai la semaine prochaine.


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